19 mars : la position de l’association harkis et droits de l’Homme

Depuis 2013, la République française a institué une journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc. Cette journée, ni fériée ni chômée, est fixée au 19 mars, jour anniversaire du « cessez-le-feu » en Algérie.

L’association harkis et droits de l’Homme exprime son désaccord avec le principe de l’adoption d’une telle disposition. Pour quelles raisons ? Certainement pas pour des raisons invoquées par certains,  tendant à désapprouver cette date du simple fait  qu‘elle marquerait le début de  la fin de l’Algérie française, contestant ainsi le principe même de l’accès à l’indépendance de l’Algérie.

Les raisons pour lesquelles l’association est en désaccord avec cette disposition sont en rapport avec  la dignité de la personne humaine : on ne peut pas parler du 19 mars 1962 comme marquant la fin  des combats et des pertes civiles et militaires  liées à la guerre d’Algérie lorsque l’on sait que :

  • Dès les jours qui ont suivi le 19 mars, des civils « européens » qui manifestaient ont été abattus par des soldats français  rue d’Isly à Alger, une attitude insupportable, quel que soit par ailleurs le jugement que l’on peut porter sur les motifs de la manifestation organisée ce 26 mars.
  • Après le 19 mars, l’OAS s’est déchainé, entrainant dans sa folie meurtrière, de nombreux morts parmi la population civile, européenne et non européenne : chacun se souvient avec horreur des journées « femmes de ménage », des journées « facteurs » (et d’autres,…)  où l’OAS ciblait tous les algériens qui exerçaient ces métiers pour les éliminer de manière aveugle dès qu’ils apparaissaient sur la voie publique.
  • De nombreux civils européens ont été tués après le 19 mars 1962, certains enlevés et disparus à jamais. Les massacres d’européens ont atteint un sommet le 5 juillet 1962 à Oran, jour de l’indépendance, sans d’ailleurs que l’armée française, encore présente, ne fut autorisée à intervenir.
  • Enfin, last but not least, dès les premières semaines qui ont suivi le 19 mars 1962,  et donc avant et après l’indépendance de l’Algérie,  des milliers d’anciens harkis et de membres de leurs familles ont été emprisonnés,  torturés, tués dans des conditions atroces, sans que l’État français n’intervienne pour éviter ou arrêter les exactions commises envers ceux qui l’avaient servi.

L’adoption d’une telle disposition, tendant de fait à considérer le 19 mars 1962 comme marquant la fin des hostilités,  est une atteinte à la dignité  envers tous ceux qui ont souffert de la guerre après cette date. Elle élargit une blessure qui, pour beaucoup, déjà,  n’est pas encore refermée.

Nous comprenons que pour beaucoup d’appelés le 19 mars 1962 marquait un réel soulagement. Cela ne devrait pas  pour autant entraîner que cette date soit commémorée de manière officielle en mémoire des victimes : la vérité des faits, telle qu’expliquée plus haut, le manque de consensus au niveau de la Nation,  viennent montrer que cette disposition reste inopportune.  Le 19 mars ne représente d’ailleurs aucun symbole pour les victimes civiles et militaires des combats au Maroc et en Tunisie, dont il est question dans la disposition adoptée en 2012. Pourquoi devrait-il  alors y avoir une date « porteuse de sens »  pour certaines victimes et non pour d’autres ?

Signalons, de plus, s’il en était besoin,  que l’Algérie ne célèbre en aucune façon le 19 mars 1962.

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